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Actualités    Une chercheure au carrefour des sciences sociales et de la santé : Commotion et Compétence sociale chez les tout-petits. Professeure Miriam Beauchamp
3 septembre 2019
Une chercheure au carrefour des sciences sociales et de la santé : Commotion et Compétence sociale chez les tout-petits. Professeure Miriam Beauchamp
La création depuis cette année, au sein du Collège Belgique et avec le soutien et la coopération de la Délégation générale du Québec à Bruxelles, d’une « Chaire du Québec » confiée à des personnalités académiques représentant la recherche québécoise de tout premier plan, s’inscrit dans la politique institutionnelle d’ouverture internationale de l’Académie.

Après le professeur Gilles Brassard qui occupa la Chaire, en mai dernier, pour deux leçons de cryptologie et physique quantiques, c’est au tour de Miriam Beauchamp, neuropsychologue pédiatrique, professeure à l’Université de Montréal et chercheure à l’Hôpital Sainte-Justine, de faire cours, les lundi 16 et mardi 17 septembre, sur un sujet au cœur de ses recherches, les traumatismes crânio-cérébraux pédiatriques (TCC) et leurs effets sur le développement neuronal, cognitif et social et sur la qualité de vie des enfants victimes de lésions cérébrales.

Ces traumatismes s’avèrent la cause la plus fréquente d’incapacité et de mortalité infantile et font l’objet de recherches en sciences biomédicales et sociales depuis des décennies. Les travaux de Miriam Beauchamp se sont attachés à leurs effets chez les enfants préscolaires et les bébés, et ont mis en lumière la grande vulnérabilité de ces très jeunes victimes de commotion, même légère, dans leur développement comportemental et social.

Dès l’entame de ses études supérieures, Miriam Beauchamp avait saisi l’importance de croiser les approches disciplinaires en optant pour un Bachelor en Psychologie et en Biologie (Queens University, Ontario et Université d’Édimbourg, Écosse). Elle poursuivit par un Master en Psychologie à l’Université Laval et un Ph.D de recherche en Neuropsychologie à l’Université de Montréal et choisit le Murdoch Children’s Research Institute de Melbourne, en Australie pour son postdoctorat.

Depuis elle n’a eu de cesse d’élargir ses perspectives et angles de vue en associant étroitement méthodes et processus des sciences sociales et de la santé d’une part, en considérant, d’autre part tous les facteurs – biologiques, environnementaux et culturels – qui peuvent jouer dans la maturation cérébrale et cognitive. Ses recherches allient expérimentation clinique et préceptes théoriques, transdisciplinarité et outils technologiques de pointe. À titre d’exemples, évoquons « son » modèle biopsychosocial considéré comme l’un des dix articles les plus influents de 2010 par le Centre d’excellence pour le développement des jeunes enfants. Elle a créé, grâce à la Fondation canadienne pour l’Innovation, le Laboratoire ABCs, une infrastructure pour favoriser le développement d’outils destinés à mesurer et améliorer les fonctions socio-cognitives via des techniques novatrices (jeux vidéo, réalité virtuelle, tablettes numériques, oculométrie…). En 2016, le prestigieux programme Fondation des Instituts de recherche en santé du Canada lui a octroyé une subvention pour un projet multicentrique visant à mieux comprendre les TCC précoces.

Reconnue par ses pairs qui l’ont élue, en 2017, au Conseil d’administration de l’« International Neuropsychological Society », le plus vaste regroupement mondial de neuropsychologues, elle a reçu le prix « Early Career Award » de l’INS en 2015 et celui de l’International Brain Injury Association en 2019. En 2017, elle fut la seule récipiendaire pour l’ensemble des champs disciplinaires du Prix du Québec « Relève Scientifique ». En 2018, elle a été nommée titulaire de la Chaire de recherche du Canada en TCC pédiatrique.

Les circonstances ne m’ont pas donné l’opportunité – la chance – de rencontrer le professeur Beauchamp avant sa venue à Bruxelles, les propos qui suivent relèvent d’une interview virtuelle, préparée par la lecture de plusieurs de ses articles substantiels. Très accessibles pour un profane, malgré une rigueur et une méthodologie scientifique exigeantes, ils rendent compte d’une curiosité intellectuelle et d’une ouverture d’esprit qui ont permis à leur auteure de transcender les cloisonnements épistémologiques. Lire Miriam Beauchamp, c’est élargir ses connaissances sur les TCC et leur impact, sur les relations parents-enfants, sur la fragilité du développement neuronal, affectif, social, selon les âges, sur la notion de bien-être de l’enfant victime de commotion, mais aussi pour le professionnel de terrain, approfondir sa réflexion sur les mécanismes d’évaluation neuropsychologique, sur la valeur ajoutée des partenariats entre neurosciences sociales et neuropsychologie, et sur des questionnements plus philosophiques comme, par exemple, que sont les modèles normatifs en compétence sociale. In fine, leur intérêt repose également sur leur contribution à la conception de programmes d’intervention destinés aux parents et aux enfants victimes d’un trauma cérébral.


Professeur Miriam Beauchamp, à l’entame de votre cursus, vous optez pour un Bachelor SC. en Biologie/Psychologie. Quels ont été les incitants à cette première orientation ? A-t-elle été déterminante pour aiguiller la suite du parcours ? Pourriez-vous retracer, en quelques mots et jalons, le chemin qui vous a conduit à la neuropsychologie ?


Avant de débuter mon Baccalauréat à l’Université Queen’s, j’ai accompli un programme d’études collégiales en sciences pures et appliquées, donc très concentré sur la biologie, la chimie, la physique et les mathématiques. Mais parmi mes cours, j’avais aussi suivi un cours d’introduction à la psychologie qui m’avait alors passionné. Suivant mon cheminement initial, je me suis donc inscrite en Biologie/Chimie à l’Université, tout en optant pour un cours en psychologie en complément. Durant ma première semaine d’université, j’ai assisté à ce fameux cours qui s’appelait « Brain & Behavior »… j’ai tellement adoré que j’ai changé mon orientation le jour même, en optant plutôt pour une majeure en Psychologie et une mineure en Biologie !

Mon intérêt pour le domaine de la psychologie s’est rapidement justifié et n’a cessé de croitre tout au long de cette première année d’université. En parallèle, on m’avait suggéré le livre du neurologue Oliver Sacks The Man That Mistook His Wife For a Hat, dans lequel des cas spectaculaires de perturbations cérébrales sont décrits et documentés. J’ai trouvé cela tellement fascinant, c’est là que j’ai su que je voulais faire carrière en neuropsychologie et j’ai orienté tous mes choix de cours pour satisfaire à cette nouvelle passion !

Reconnue comme discipline depuis les années 40 du siècle passé, la neuropsychologie entre, dans les années 90’, dans une nouvelle phase focalisée sur la relation « Brain-Behaviour », comme vous l’avez si bien mis en lumière dans un article de 2017 consacré au paysage social de cette discipline et à son interface avec la neuroscience sociale. Vous vous y engagez à ce moment crucial de son évolution. Est-ce cette dimension-là, cette confrontation au terreau social, socio-cognitif, affectif et comportemental, qui vous a particulièrement attirée ?

En fait, ce focus sur les aspects sociaux du cerveau était encore peu présent dans le discours des professeurs et mentors que j’ai côtoyé dans les années ’90 et mon exposition au domaine de la cognition sociale est venue surtout au moment de mon post-doctorat en 2006. Par contre, ce qui était vraiment frappant dans les années ’90, c’était l’émergence des neurosciences plus généralement et l’énorme engouement pour les méthodes de neuro-imagerie qui ont commencé à permettre de concrétiser et visualiser clairement les liens entre le cerveau et le fonctionnement/comportement.

D’ailleurs, à l’issue de mon baccalauréat, j’ai pris une pause académique d’un an pour travailler comme assistante de recherche à l’Hôpital Sick Kids de Toronto auprès d’une neuropsychologue clinicienne. C’est elle qui, au moment où j’explorais les options pour une supervision à la maitrise, m’a dit que je devrais absolument aller dans un laboratoire qui me permettrait d’apprendre les méthodes de neuro-imagerie. À ce moment-là, c’était très à la mode et vu comme le futur du domaine de la neuropsychologie. Et c’est ce que j’ai fait… J’ai même mis de côté mon intérêt pour le domaine pédiatrique le temps de faire ma maitrise et mon doctorat en complétant des projets de tomographie par émission de positons et d’imagerie par résonance magnétique (en plein essor à ce moment-là !) auprès de patients ayant la maladie de Parkinson.

En quoi et comment la neuroscience sociale peut-elle – et a-t-elle – contribue(r) à la neuropsychologie ? Pourquoi cette imprégnation par les méthodes, les principes, les process de neuroscience sociale a-t-elle été si importante ?

Les avancées attribuées aux neurosciences sociales sont en train de redéfinir la portée et le rôle du neuropsychologue. Traditionnellement (et avec raison), la neuropsychologie s’est concentrée sur ce qu’on pourrait appeler la cognition « générale », c’est-à-dire, les habiletés intellectuelles, l’attention, la mémoire, les fonctions exécutives, le langage, etc.

Mais dans certains des « cas » les plus influents et emblématiques de l’histoire de la neuropsychologie, des éléments sociaux et comportementaux étaient aussi décrits. Par exemple, on mentionnait des changements de personnalité ou des comportements mésadaptés après des accidents causant des lésions cérébrales. Ces indices sociaux ont par contre été mis de côté pendant plusieurs années, probablement parce qu’on ne pouvait pas « localiser » ces fonctions dans le cerveau. Lorsque les neurosciences sociales ont commencé à émerger, on a pu démontrer que, tout comme les fonctions cognitives plus globales (attention, fonctions exécutives par exemple), les habiletés sociales (ou « sociocognitives ») sont sous-tendus par des réseaux neuronaux fiables qu’on peut observer et décrire à l’aide de la neuro-imagerie. Cette « preuve » de l’existence d’un « cerveau social » est ce dont la neuropsychologie avait besoin pour se tailler une place dans le domaine de l’évaluation sociale. Le principe de base sous-tendant la neuropsychologie étant de pouvoir faire le lien entre le cerveau et le comportement, il fallait cette démonstration pour nous convaincre que la cognition sociale fait bel et bien partie de ce qui devrait intéresser le neuropsychologue, et aussi ce qui peut être affecté par une perturbation cérébrale (qu’elle soit neuro-développementale, acquise ou dégénérative…).

Deux notions-clés des découvertes en neuroscience sociale, « Social Brain » et « Social Cognition », sont au cœur de vos travaux sur les effets des traumatismes crânio-cérébraux (TCC) chez les enfants. Quelles avancées ont-elles rendu possibles ?

Les recherches dans le domaine des TCC pédiatriques ont naturellement suivi l’évolution de la discipline de la neuropsychologie, c’est-à-dire que là aussi, les recherches se sont longtemps concentrées uniquement sur les effets cognitifs et moteurs de l’atteinte cérébrale, laissant de côté les aspects sociaux et comportementaux. Or, des études effectuées vers la fin des années ’90 ont commencé à mettre en lumière le fait qu’un grand nombre d’enfants qui subissent un TCC ne se plaignent pas que de problèmes d’attention ou de mémoire, mais rencontrent également plusieurs défis dans leurs interactions sociales quotidiennes et évoquent n'avoir que peu ou pas d’amis, suggérant des conséquences sociales importantes.

En 1997, Bohnert et ses collègues ont demandé à des enfants ayant subi un TCC et à leurs parents de mettre en ordre de priorité leurs inquiétudes et objectifs face à la récupération post-TCC. Les parents rapportaient vouloir s’assurer dans un premier temps de la santé et du rendement académique de leur enfant, alors que les enfants, à l’inverse, évoquaient le fait d’avoir un bon cercle d’amis comme étant leur plus grande priorité ! Je trouve que cela illustre de manière simple mais élégante les inquiétudes sociales des jeunes après un TCC.

Au départ, toutes les manifestations de problèmes sociaux post-TCC étaient documentées à partir d’entrevues qualitatives ou encore par l’entremise de questionnaires remplis par les parents. Ce qui a été rendu possible par l’évolution des notions du cerveau et de la cognition sociale, c’est l’accès à des construits et des outils mesures qui permettent de caractériser plus finement les difficultés sociales.

Vos recherches embrassent les enjeux fondamentaux, sociétaux et cliniques et votre ouverture intellectuelle et scientifique, outre la pratique de l’interdisciplinarité, vous a conduite à une approche qui se nourrit d’apports théoriques, expérimentaux et technologiques. C’est ce qui en fait la force et le sens. Pourriez-vous expliquer aux lecteurs profanes les atouts de ce regard croisé et de cet investissement personnel dans la conceptualisation de modèles théoriques, comme le modèle biopsychosocial en 2010, et dans la validation de techniques novatrices de neuro-imagerie et le souci d’atteindre au plus près la « virtual reality » ?

Je crois que la recherche ne peut plus de nos jours être conduite dans des « silos » et que nous avons tout à gagner à nous inspirer de et à collaborer avec des collègues de secteurs et disciplines variés. L’avènement de technologies de pointe qui nous viennent de l’ingénierie, de l’informatique et de l’intelligence artificielle, par exemple, apporte à chaque jour des avancées qui peuvent s’appliquer à une panoplie de domaines, dont bien sur la neuropsychologie. Les scientifiques et cliniciens ont tout à gagner en accueillant ces innovations et en les appliquant à leur discipline.

Vous vous êtes spécialisée dans l’étude des TCC chez l’enfant et leur incidence sur la fonctionnalité sociale post-trauma. Pourquoi le cerveau du jeune enfant est-il particulièrement vulnérable ?

Les médecins, professionnels de la santé et psychologues développementaux ont longtemps véhiculé la notion qu’une blessure au cerveau acquise en bas âge n’était pas grave pour le développement de l’enfant, le cerveau immature étant très malléable et ainsi capable de s’adapter à toute perturbation. Cette « théorie de la plasticité » n’est pas fausse et est ancrée dans des recherches animales démontrant des phénomènes de récupération assez exceptionnels après des lésions cérébrales sévères. Il existe dans la littérature humaine également bon nombre d’exemples de récupération exceptionnelle (on pourrait presque dire « miraculeuse ») après des TCC. Ces exemples spectaculaires ont longtemps teinté la perception des cliniciens et chercheurs.

Or, l’inverse est également vrai : Il faut considérer que le cerveau immature est extrêmement vulnérable. Toutes les fonctions motrices, cognitives et sociales sont en plein développement dans les premières années de vie et continuent à se consolider de manière exponentielle tout au long de l’enfance et même de l’adolescence. Quand on vient perturber ce développement prédéterminé par un choc au cerveau, il est logique et attendu que l’enfant puisse subir des séquelles de degré varié. Le moment de l’insulte cérébrale, de même qu’une panoplie d’autres facteurs individuels, biologiques et environnementaux, déterminera l’ampleur des conséquences. Ainsi, le devenir post-TCC de l’enfant est plutôt un équilibre fragile entre les principes de plasticité et de vulnérabilité.

La mise en évidence de l’existence de périodes-clés dans le développement des fonctions cognitives et sociales du cerveau explique aussi votre intérêt à travailler sur la variable de l’âge auquel s’est passé la commotion pédiatrique et à son importance, quel que soit le degré de gravité du trauma. Que peut-on en dire aujourd’hui ?

En prenant compte de ma réponse à la question précédente, on peut dire de manière claire que la variable « âge » est centrale dans toute interprétation de la performance et de l’évolution de l’enfant blessé. Nous avons réussi au fil des années à convaincre les gens que les enfants ne sont pas simplement des « petits adultes » et qu’il faut considérer leurs cerveau et habiletés dans le contexte développemental et environnemental particulier dans lequel ils grandissent, et ne pas simplement appliquer les principes et théories dérivés de l’adulte à l’enfant.

Mais nous avons encore un peu de chemin à faire… Nous devons étendre ce propos à la période de l’enfance elle-même… Ainsi, un enfant d’âge scolaire n’a pas les mêmes enjeux qu’un adolescent, et un nourrisson, trottineur ou enfant préscolaire est différent d’un enfant plus âgé. Nos recherches sur le TCC subi avant l’âge de 6 ans démontrent que les plus jeunes membres de notre société peuvent avoir des patrons de résultats complètement inverses à ceux de leurs pairs un peu plus âgés ! Je crois qu’il reste encore beaucoup à clarifier pour comprendre l’effet de l’âge sur une blessure aussi complexe et hétérogène qu’est le TCC.

Vos travaux concernent aussi l’environnement familial de l’enfant victime d’un TCC, et la relation parents-enfant. Votre article de 2016, paru dans le Journal of Neuropsychology, constitue la première observation formalisée des changements négatifs qui interviennent dans cette interaction, après un TCC même léger. Pourriez-vous nous livrer vos principales conclusions ?

Dans ces travaux, nous avons mis en lumière les effets indésirables d’une commotion cérébrale (ou TCC léger) sur la qualité des relations interpersonnelles parent-enfant six mois après la blessure. Nous avons étudié la qualité des relations parent-enfant dans un groupe de 130 enfants âgés d’entre 18 mois et 60 mois. Un aspect novateur du projet était de mesurer la relation à partir d’observations faites dans un contexte naturel (partager une collation et période de jeux libres) pour éviter les biais subjectifs associés aux questionnaires. La qualité des relations parent-enfant après une commotion cérébrale était nettement réduite en comparaison à celle des enfants n’ayant subi aucune blessure à la tête. Par exemple, les interactions avaient une ambiance moins positive et collaborative et plus de conflits étaient notés.

Nous avons conclu que, dans les mois suivant un traumatisme, un des premiers signes visibles de difficultés sociales chez le jeune enfant est la dégradation de sa relation avec ses parents.

Ces résultats ont été perçus comme particulièrement importants en raison du fait qu’ils tiennent compte non seulement de l’état de l’enfant blessé, mais aussi de l’apport de son parent dans la relation bidirectionnelle. D’ailleurs, un article publié peu après sur le même groupe d’enfants démontrait qu’un niveau plus élevé de stress parental est un prédicteur significatif d’une relation parent-enfant de moins bonne qualité après un TCC. Ensemble, ces résultats suggèrent que nous devons nous attarder non seulement au bien être de l’enfant après sa blessure, mais aussi à celui du parent qui peut venir influencer la récupération de son enfant dans une direction… ou l’autre.

Ces trouvailles sont particulièrement importantes chez le jeune enfant qui vit sous l’influence directe de son parent. Sachant que de bonnes relations parent-enfant en bas âge sont synonymes de meilleures habiletés sociales plus tard dans la vie, nous soulignons dans l’article que les parents doivent rester à l’affût des changements dans le comportement de leur enfant dans les semaines qui suivent le TCC, de manière à pouvoir s’ajuster adéquatement à son état durant cette période critique.

Au laboratoire ABCs, nous continuons plusieurs voies de réflexion sur cette thématique et sommes à développer un modèle théorique qui tiendrait compte de différentes pistes d’influence parentale. Restez donc à l’écoute !!

En 2016, vous vous demandiez si finalement les problèmes sociaux et comportementaux ne compteraient pas parmi les séquelles les plus débilitantes après commotion pédiatrique. En 2019, vous abordez la question du bien-être après un TCC, soucieuse d’approfondir les effets positifs et leurs déterminants puisque 90 % des enfants victimes de ce type de trauma s’en remettent bien ! Doit-on en conclure que votre regard est plus optimiste au fil de vos investigations et expériences ? Votre plaidoyer pour une vue intégrée et globale du Social Brain et des comportements associés, incluant les dimensions culturelle, environnementale et sociale, et pour une vraie transdisciplinarité s’inscrit-il, lui aussi, dans l’élaboration d’une nouvelle approche encore plus holistique de votre travail et de son sujet ?

Quelle belle question… ! Je ne sais pas si je suis plus optimiste, mais en tout cas, au fil des années j’ai réalisé qu’il faut avoir un propos réaliste et rassurant envers la communauté. Il faut ici faire la différence entre les TCC légers et les TCC modérés-sévères, qui tendent à avoir des conséquences plus importantes. Il demeure vrai que plusieurs enfants éprouvent des difficultés après un TCC même léger, et ce parfois à long terme, mais on parle d’un sous-groupe minoritaire. Généralement, les enfants récupèrent bien, même s’ils vivent une période transitoire durant laquelle ils sont symptomatiques et se sentent moins bien.

Mon propos en lien avec le bien-être de l’enfant et sa résilience s’est surtout développé en réaction à la grande médiatisation des commotions cérébrales et aux propos parfois extrêmes et sensationnels de certains médias qui tendent à mettre l’accent sur les exemples les plus négatifs. La médiatisation de ce domaine d’étude a eu beaucoup de bon, car cela a amené un regard plus intense sur cette problématique médicale en suscitant un engouement scientifique et en incitant des organismes gouvernementaux à s’y attarder. Mais cela a aussi créé une hausse de l’anxiété et du stress chez les victimes de TCC et leurs familles, et a généré des mythes sur les effets réels des TCC légers. J’essaie aujourd’hui de présenter un regard équilibré du TCC en soulignant l’importance de s’attarder aux individus qui ont besoin de services et sont à risque d’un moins bon pronostic, tout en rappelant que la majorité des gens vont bien s’en tirer !

Une question plus éthique, en bouquet final, que je vous adresse en raison de votre parcours scientifique d’une rigueur, d’une curiosité, d’un dynamisme exceptionnels pour un chercheur de votre âge : qu’est-ce que la norme en neuropsychologie, quelles préventions faut-il mettre en œuvre pour les déviations en ce domaine, quelles sont leurs atouts et leurs limites s’agissant en l’occurrence de jeunes enfants ?

Je pense que les neuropsychologues peuvent s’assurer de l’intégrité de leur discipline de plusieurs manières. Nous parlions plus tôt des avancées technologiques et nouvelles approches en neuropsychologie. Les nouvelles technologies seront sans conteste un atout précieux dans la construction d’un arsenal de mesures d’évaluation et d’approches d’intervention capables d’identifier avec précision les déficits cognitifs et sociaux et d’améliorer le fonctionnement des personnes touchées, mais cela à condition de les employer avec discernement et prudence, et de s’assurer qu’ils sont fondés sur des principes théoriques solides et validés.

Aussi attrayantes que les nouvelles technologies puissent paraître, leur essor rapide ne devrait pas nous dispenser de notre responsabilité de nous poser les questions élémentaires et pourtant fondamentales, telles que de savoir si ces nouveaux outils sont plus efficaces que les précédents et s’ils remplissent réellement leurs promesses en termes de représentation et de quantification des processus visés. Il devient d’autant plus essentiel aujourd’hui, alors que le rythme effréné de développement des technologies incite à agir rapidement, de prendre le temps de baliser leur utilisation pour éviter les dérives.

Nous parlions aussi à la question précédente de l’information véhiculée auprès du grand public… Je pense que les professionnels œuvrant dans le domaine ont le devoir d’éduquer le grand public et d’investir dans les stratégies de transfert des connaissances pour les informer de manière adéquate et s’assurer que les résultats des recherches probantes sont partagés entre les différents acteurs qu’ils soient des décideurs cliniques, gouvernementaux ou scientifiques, ou encore des éducateurs, accompagnateurs ou des familles. C’est là où la recherche en neuropsychologie prendra tout son sens.

Propos introduits et recueillis par Maud Sorède