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Joël Kotek ou le respect des faits et la puissance de la distinction des concepts en histoire : un politicide n’est pas un génocide !

Professeur à l’Université libre de Bruxelles et chargé de cours à l’Institut d’Études politiques de Paris, orateur insatiable et professeur au Collège Belgique, Joël Kotek est un historien à l’œil vif, au verbe intuitif passionné et passionnant. Incisives, directes et pertinentes sont ses positions qu’il élève à la puissance du concept. Pour notre plus grand plaisir, il nous a reçu chez lui avec une très grande générosité et son accueil fut à l’avenant, mêlant délicate attention et intelligence fine à profusion. Bien que ses publications, variées et importantes, soient récompensées par de nombreuses distinctions honorifiques, dont le Grand Prix d’Histoire Chateaubriand, Joël Kotek poursuit un combat intellectuel de terrain pour faire comprendre avec l’énergie peu commune d’un chercheur infatigable, avec une acuité toute particulière et bien à lui, les événements historiques les plus terribles que l’humanité ait connus et dont les génocides en sont l’expression la plus extrêmement criminelle. Qu’il en soit devenu un des plus grands spécialistes ne fait aucun doute. Son moteur, le respect des faits eux-mêmes ; ses outils, des concepts précis et comparatifs.

Notons que Joël Kotek organise et coordonne le colloque qui aura lieu au Collège Belgique les 21 et 22 mars prochain, et qui est intitulé : Le Quatrième Partage de la Pologne, une tragédie européenne (août 1939).



Quelles sont les grandes lignes de votre parcours académique et scientifique en tant qu’historien, et politiste, dites-vous, plutôt que politologue ?

C’est mon côté un rien prétentieux, au sens noble du terme s’entend. Je suis un ancien de Sciences Po Paris où l’on préfère parler de politiste, plutôt que de politologue mais il n’y a aucune différence. Comme vous le savez, j’ai d’abord étudié l’histoire à l’ULB, où j’ai eu la chance de suivre des cours et séminaires de premier plan. Je songe à Jean Stengers, Régine Kurgan et Hervé Hasquin. Je suis parti, ensuite, étudier les Sciences politiques à Paris, puis à Oxford. À l’époque la science politique était un peu le parent pauvre de l’Université belge. Comme pour Oxford, par la suite, j’ai eu la chance de décrocher une bourse. Reste que tout politiste que je suis, je me considère avant tout historien, certes « conceptualiste ». Mes recherches empirico-descriptives s’élaborent à l’ombre des concepts.

C’est assez intéressant cette double approche à la fois empirique et conceptuelle. Mais quel est le rapport entre cette conceptualisation et le respect justement du fait, en l’occurrence du fait historique ?

Il n’est plus possible de faire de l’histoire sans mobiliser des concepts qui devront ensuite être vérifiés, confrontés aux faits historiques qui restent incontournables. Mes travaux s’articulent ainsi autour de quelques concepts clefs : « totalitarisme », « Europe centrale » et « Europe médiane », « camp de concentration » et « Système concentrationnaire », « racisme » et « Antisémitisme ». Il se fait aussi que ces dix dernières années, j’ai beaucoup travaillé autour des concepts de « crime de masse » et/ou de « violence extrême ». Dans le cours sur « la Shoah et les génocides du XXe siècle » que j’ai pu créer à l’ULB, grâce à l’appui de ma faculté, je convoque toutes une série de concepts tels que « crime contre l’humanité », « crime de guerre », « démocide », « ethnocide », « épuration ethnique », etc. L’idée est de partir d’un concept proprement défini, puis de déterminer s’il est pertinent, ou non, et d’analyser ensuite à quelle situation il peut/doit réellement s’appliquer. Ici, je dois beaucoup à mes cours de Sciences Po et principalement à Pierre Hassner qui fut, dit-on, le meilleur élève de Raymond Aron. On se souviendra que Raymond Aron commençait toujours ses raisonnements par une définition rigoureuse et objective du type « j’appelle système hétérogène, tout système qui… ». Comparaison n’est pas raison. Au contraire, l’exercice permet de distinguer au plus près des phénomènes différents. Ainsi, au terme de mon travail comparatif sur les génocides, je ne retiens que quatre génocides pour le XXe siècle : le génocide des Hereros de 1904 – je pense du reste être le seul historien francophone à travailler sur ce génocide allemand –, le génocide des Arméniens, le génocide des Juifs et le génocide des Tutsis du Rwanda. J’en viens dès lors à utiliser d’autres concepts pour les crimes de masses communistes ou post-communistes (Ukraine, Cambodge, ex-Yougoslavie). Dans mon travail comparatiste, je m’attache avant tout aux faits. En cela, mon travail est plus historique que sociologique. Les grandes synthèses à l’américaine sont souvent trop conceptuelles, bref trop rapides, pas assez historiennes. Pensons à l’immense Hannah Arendt : elle ne fait pas la différence entre « camp de concentration » et « centre d’extermination ».

D’ailleurs, le mot génocide semble aujourd’hui galvaudé, on entend parler de génocide social ou de génocide économique, comment votre définition du génocide parvient-elle à faire la différence ?

Oui, vous avez raison, le mot est galvaudé, son usage est totalement abusif. On parle, ici, de « génocide social » lorsqu’on délocalise une usine comme si les travailleurs étaient ‘génocidés’, là, de « génocide chrétien » (avortement). Google référence davantage de pages sur le très mal-nommé « génocide de Gaza » (1.900 million de pages pour 1.600 tués) que des Tutsis (450.000 pages pour 1 million de morts). C’est sidérant.

Mais si on définit le génocide de manière assez précise, en s’inspirant évidemment de la définition adoptée par les Nations unies en décembre 1948, on peut effectivement arriver à comprendre que les massacres atroces de Srebrenica, les pires depuis 1945 en Europe, sont d’une autre nature que ceux qui se déroulent au même moment au Rwanda. Alors, quelle est ma définition d’un génocide ? Un génocide doit être considéré comme le pire des crimes contre l’humanité pour être non seulement un crime de masse prémédité mais encore et surtout systématisé à l’extrême. L’idée n’est pas seulement d’assassiner des individus dont le seul crime est d’être issus d’un groupe cible (national, « racial », ethnique ou religieux) jugé nuisible mais d’en programmer la disparition TOTALE. Aucun Herero, Arménien, Juif ou Tutsi ne devaient survivre. Ce ne fut heureusement pas le cas des Ukrainiens, des Cambodgiens et même des Bosniaques musulmans. À Srebrenica, les criminels serbes ne s’en prirent qu’aux hommes. Les génocidaires, au contraire, font des enfants leur cible principale : 1,5 million d’enfants juifs furent assassinés par les nazis ; sur les quelque 27.000 déportés juifs de Belgique, seuls 12 enfants de près de 15 ans survécurent. Le génocide, c’est d’abord un crime contre la filiation, d’une étonnante efficacité. Une fois la décision prise, tout se passe de manière facile et/ou accélérée puisqu’il s’agit pour un État et ses forces spéciales d’assassiner avant tout des civils innocents. 60 % des Hereros disparaissent ainsi l’espace d’une seule année. Ils représentaient alors 40 % de la population totale de l’actuelle Namibie, contre 7 % aujourd’hui ! De la même manière, des deux millions d’Arméniens de l’Empire ottoman, il n’en reste tout au plus que quelque 60.000 dans la Turquie actuelle. Un peuple victime de génocide ne peut pas réellement se relever. De 1941 à 1945, 5.000 civils juifs sont assassinés quotidiennement. Quotidiennement ! C’est la raison pour laquelle les Israéliens ont choisi d’utiliser le concept de « Shoah » pour caractériser leur génocide. Ce mot biblique qui n’a aucune connotation religieuse, et ce contrairement au terme « holocauste », évoque une Catastrophe aux conséquences irrémédiables. Hitler a gagné sa guerre des Juifs : des 11 millions de Juifs présents en Europe en 1939, il ne reste plus aujourd’hui qu’1,5 million ! On doit imaginer à terme une Europe sans Juifs. Cela paraît incroyable mais c’est le cas. Dans le génocide des Tutsis, 80 % ont été exterminés en l’espace de cent jours, soit dix mille morts par jour. Aux tout premiers jours d’avril, les morts se comptent plutôt par dizaines de milliers. Des chiffres astronomiques. Dès lors, on comprend en quoi, les violences de masses commises par le régime d’Assad en Syrie, contre sa propre population civile, ne peuvent être qualifiées, au-delà de leurs horreurs, de génocide. On parlera ici de crime contre l’humanité, également passible devant la Cour pénale internationale. L’élément fondamental, clef du génocide, est bien évidemment l’« intention ». Quelle est l’intention du criminel : de punir (Staline en Ukraine) ou de faire disparaître un peuple jugé de trop sur terre (Hitler et les Juifs)  ? L’intention d’Hitler est de débarrasser l’Humanité de ses Juifs (génocide) ; celle de Pol Pot, de purifier le peuple khmer par l’élimination de ses mauvais éléments (politicide). Dans le cas des politicides, l’objectif est de régénérer le peuple par une purification meurtrière. Staline va ainsi provoquer l’extermination de près de 5 millions de Soviétiques, en majorité ukrainiens, lors de la grande famine de 1931-1932. Reste que son objectif n’est pas de détruire le peuple ukrainien mais de le briser pour assurer sa soviétisation. C’est d’ailleurs un Ukrainien, Nikita Khrouchtchev qui lui succédera. C’est Staline lui-même qui arrêta le crime de l’Holodomor, une fois la leçon dite.

Il y a donc des différences et des degrés dans les crimes. Le génocide est le pire des crimes contre l’humanité pour être systématique, sans appel. L’antisémitisme nazi n’appelle, en effet, aucune exception. Tous les Juifs sont condamnés de par leur soi-disant (anti-)race. Le politicide est moins catégorique. Le rachat est toujours possible. Il est possible pour un Ukrainien de gagner les faveurs de Staline (cf. Lyssenko), pour un aristocrate catholique polonais de créer la police politique ancêtre du KGB, la Tchéka. Aucun juif n’était évidemment autorisé à entrer dans la SS ! Vous comprendrez dès lors que je ne suis pas d’accord avec Stéphane Courtois qui viendra à notre colloque lorsqu’il soutient l’idée d’un holocauste rouge. Il n’y a pas d’équivalent à Treblinka dans le système concentrationnaire soviétique. Il n’en reste pas moins qu’Hitler et Staline constituent les deux faces d’un même mal qu’on appelle « totalitarisme ».

Oui, justement, en mars prochain, plus précisément les 21 et 22 mars, vous serez le coordinateur du colloque qui aura lieu au Collège Belgique intitulé : Le Quatrième Partage de la Pologne (août 1939) entre géopolitique et histoire, pourriez-vous nous y introduire ?

Ce pacte de la honte, signé il y a exactement 75 ans, est une terrible illustration de ce qu’Albert Camus a qualifié de terrible XXe siècle. Cette tragédie européenne, outre de signer la mort de la Pologne (démocide/ethnocide), permit aux nazis d’écraser les démocraties occidentales. En cela, cette entente ne fut en rien contre-nature. Stalinisme et nazisme avaient pour commun ennemi le libéralisme, dans son sens le plus noble s’entend. En cela aussi, ce pacte permet de valider le concept de totalitarisme porté par Orwell et Koestler et théorisé par Arendt ou encore Aron. Le pacte pose aussi la question de la difficulté des « petites » nations d’Europe centrale et orientale à exister face à l’Allemagne et la Russie. Il signifia en effet la mort de la nation polonaise en tant que telle. Ce cas de figure illustre les notions d’ethnocide ou de démocide où l’objectif est moins de s’en prendre aux individus qu’à la nation en tant que telle, en s’en prenant à ses élites. Les Soviétiques comme les nazis refusaient toute idée de nation et/ou d’État polonais. Ils en vinrent à exterminer ses élites comme à Katyn ou à Auschwitz, créé pour interner dans un premier temps les professeurs de l’université de Cracovie. Dans la conception nazie, qui rappelle celle de Sparte, les Polonais étaient destinés à servir d’esclaves aux Allemands, voire pour certains d’entre eux à se germaniser. Personnellement, je suis issu d’une double tradition, antifasciste et antitotalitaire. J’ai été élevé dans le culte de mon oncle communiste qui tomba lors de la guerre d’Espagne – vous voyez d’ailleurs là sa médaille commémorative – mais aussi baigné des récits de la persécution des Juifs d’Europe centrale et orientale au sortir de la Shoah. Tout marxisant qu’il était, mon père ne pouvait se résoudre à accepter les campagnes ouvertement antisémites qui surgirent dans toutes démocraties populaires de l’immédiat après-guerre. Il me donna ainsi une sorte d’identité sionisto-menchevik.

Comment en êtes-vous arrivé à vous préoccuper des questions relatives aux génocides et à l’antisémitisme car votre doctorat portait sur les organisations de jeunesse pendant la guerre froide entre 1935 et 1967 ?

Oui, j’ai en quelque sorte plusieurs cordes à mon arc. Ma véritable passion, c’est l’Antiquité gréco-latine. En cela, je suis sans doute davantage un fils d’Athènes que de Jérusalem. J’ai plus d’affinités avec le miracle grec et ce, quand bien même je reste très attaché au mystère juif. Je n’en ai pas moins l’impression que les Grecs ont inventé tout ce qui me tient à cœur, sauf peut-être l’idée de justice qui me paraît spécifiquement juive. Reste que je n’étais malheureusement pas très doué en latin – ne parlons pas de mon grec – et j’ai presque été obligé de m’inscrire en histoire contemporaine. Évidemment, tout me portait vers cette période : les traumatismes de la Shoah (mes deux parents sont des enfants cachés), les récits de la guerre d’Espagne, les procès en sorcellerie des Juifs de l’Est, l’épopée sioniste de mon propre père. En bon sioniste, mon père émigra en Israël. En bon marxiste, il choisit de s’installer dans un kibboutz. En bon enfant juif, il se résigna à revenir en Belgique pour s’occuper d’une mère qui s’était inventé de toutes pièces une maladie incurable. Soucieux de notre intégration, mes parents d’intégration choisirent d’inscrire leurs trois enfants dans l’Athénée la plus proche (Etterbeek) et se refusèrent – ô misère – de nous apprendre le Yiddish qui était autre que leur langue maternelle. Je n’en fus pas moins inscrit dans un mouvement de jeunesse sioniste socialiste, le Hashomer Hatzaïr (la jeune garde). C’est de cet héritage contrasté qu’a dû naître ma passion pour l’histoire de l’URSS et du mouvement communiste international. C’est après avoir visité l’URSS de Brejnev pour y rencontrer des Juifs refuzniks que Jean Stengers m’a soufflé mon sujet de mémoire de maîtrise : l’affaire Lyssenko en Occident. Je ne lui serai jamais assez reconnaissant. Lyssenko est ce savant fou qui « révolutionna » la biologie soviétique en la faisant régresser de près de cent ans, la biologie revenant aux thèses lamarckiennes. Pendant près de 20 ans, la patrie du socialisme s’interdit l’étude des gènes et des chromosomes, les considérant comme des concepts bourgeois et/ou théologiques dans la mesure où c’était un moine, Grégoire Mendel, qui avait découvert les lois de la génétique. L’étude de la génétique fut interdite en Union soviétique jusqu’à la chute de Khrouchtchev en 1964. Le pire (et c’est toute l’originalité de mon mémoire) est d’avoir démontré que les Partis communistes occidentaux en vinrent à soutenir les thèses de Lyssenko contre l’avis de leurs propres biologistes. Le secrétaire général du PCB refusa d’écouter Jean Brachet, l’un des pères de la biologie moléculaire qui choisit de s’exiler du Parti. La cellule communiste de l’ULB l’isola totalement. Il en fut de même du (futur) Prix Nobel Jacques Monod.

Oui, et l’ouvrage, intitulé L’affaire Lyssenko ou l’histoire réelle d’une science prolétarienne en Occident, est d’ailleurs repris dans ‘La bibliothèque idéale’ de Bernard Pivot !

Oui, c’est incroyable et j’en suis très fier. Cette histoire me passionna. J’ai été possédé par l’affaire Lyssenko. C’est sans doute mon meilleur livre. Pour Lyssenko, j’ai été débusquer des archives jusqu’à Moscou. J’ai été jusqu’à interviewer des lyssenkistes occidentaux « non-repentis ». Mon rêve était de devenir soviétologue ; d’où une nouvelle spécialisation à Sciences Po Paris auprès d’Hèlène Carrère d’Encausse et surtout de Jacques Rupnik. Hélas, l’Union soviétique s’est effondrée peu après. La chute de la maison URSS m’a amené à me concentrer sur l’idée nationale car l’Union soviétique a implosé du fait de tensions nationalistes périphériques (Pologne) et internes (pays baltes). La nation a eu raison des montages multinationaux : scission de la Tchécoslovaquie, guerre civile en Ex-Yougoslavie. C’est Ernest Gellner que j’ai eu l’honneur de rencontrer qui fut, ici, mon guide. Qu’on s’en désole ou non, le modèle de l’État nation paraît plus que jamais incontournable. Demandez aux Palestiniens ! C’est le constat d’un Européiste convaincu. Le nationalisme n’est ni bon ni mauvais en soi. Comme le rappelle Gellner, le nationalisme peut être de gauche comme de droite, libéral comme illibéral, libérateur comme oppresseur. Cela me fait penser à l’absurde polémique autour de l’idée de nationalisme wallon de Rudy Demotte qui a eu le tort de parler de nationalisme wallon. Tout le monde s’est jeté sur lui comme s’il était d’extrême droite mais comment oublier que l’idée de nation a germé dans la France de 1789. On peut penser le nationalisme en terme progressiste, intégrateur et citoyen. Hitler n’était pas un nationaliste ; Mazzini, Gandhi, Ben Gourion, Churchill et de Gaulle, l’étaient. Je n’en reste pas moins un Fédéraliste européen convaincu. Je ne vois pas d’alternative aux États-Unis d’Europe.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, mes recherches sur la Shoah, les génocides et l’antisémitisme tiennent aussi du hasard. Revenu d’Oxford, je me suis retrouvé assistant d’un professeur, André Miroir pour ne pas le nommer, qui m’a poussé à animer un séminaire sur le « révisionnisme » (Négationnisme). Je me rappelle l’avoir entendu dire, « Tu es d’origine juive, non ?  ». Je lui dois beaucoup car il m’a poussé à travailler sur le nazisme et/ou l’extrême droite que je croyais connaître. Il m’a forcé à (re)lire les textes fondamentaux. J’ai alors redécouvert ma propre histoire que je n’avais pas forcément bien comprise ! Nouvel heureux hasard : ma rencontre avec l’historien de la Shoah, Maxime Steinberg à qui je dois tout. Ou presque. Je lui dois d’avoir rendu intelligible l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. C’est grâce à Maxime que j’ai pu développer mon expertise dans la comparaison des génocides et/ou des systèmes concentrationnaires. C’est ainsi que j’ai été amené à démontrer, dans Le Siècle des camps, que « dans le système nazi tout était pensé pour tuer, alors que dans le système soviétique tout est là pour mourir ». La différence est essentielle, même si l’on mourait davantage au goulag.

En 2000, vous recevez le Grand Prix d’Histoire Chateaubriand avec Pierre Rigoulot pour Le siècle des camps, avec un jury très prestigieux. Quels souvenirs en gardez-vous et qu’est-ce que ce Prix a changé dans votre vie ?

Rien, absolument rien pour ce qui concerne la Belgique, du moins. En revanche, l’ouvrage a été très bien reçu à l’étranger. Il a été traduit en huit langues. Nul n’est prophète en son pays. Vous savez, être sioniste en Belgique, même pro-palestinien (je suis pour un État palestinien souverain avec Jérusalem-Est comme capitale) vous expose au jugement d’autrui. Je ne suis pas sans savoir aussi que mes nouvelles dérangent plus d’un collègue pour porter spécifiquement sur le concept d’antisémitisme.

Propos recueillis par Robert Alexander

Quelques repères bibliographiques du plus récent au plus ancien :
La carte postale antisémite de l’Affaire Dreyfus à la Shoah, avec Gérard Silvain, Berg international, Paris, 2005.
Au nom de l’antisionisme, Israël et les Juifs dans la caricature depuis la seconde intifada, avec Dan Kotek, Bruxelles, Complexe, 2003.
Le siècle des camps, détention, concentration, extermination, cent ans de mal radical, Lattes, Paris, 2000 (avec Pierre Rigoulot). Ce livre a reçu le Prix Chateaubriand 2000. L’ouvrage est déjà traduit en italien, allemand, espagnol, roumain, hongrois, russe et grec.
L’Europe et l’Ukraine au défi du 21ème siècle, actes du colloque de Yalta 2000, Institut des Relations Internationales de Kiev de l’Université Taras Shevshenko, Kiev, 2000 (avec Valeri Kopeika). L’ouvrage est édité en langue ukrainienne avec le soutien de l’Union européenne.
L'Affaire Lyssenko ou l'histoire réelle d'une science prolétarienne en Occident, Éditions
Complexe, Bruxelles, 1987. Ce livre figure dans “ La bibliothèque idéale ” de Bernard Pivot & Pierre Boncenne, Albin Michel, Paris, 1989.

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