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Actualités    Augustin Ferrant, hématologue
22 février 2017
Augustin Ferrant, hématologue
Le professeur Augustin Ferrant donnera un cours-conférence dans le cadre du Collège Belgique, le 15 mars prochain, au Palais des Académies à Bruxelles, intitulé L'internet et l'autodiagnostic. Nous l’avons rencontré à son domicile, à la périphérie de Bruxelles, où nous sommes tombé très vite sous le charme discret d’un médecin au sens large et noble du terme qui, toujours, privilégie le contact avec le patient malgré une vie professionnelle bien remplie, faite de recherches, d’enseignements et de fonctions académiques. Lisez plutôt : né en 1944, diplômé docteur en médecine, chirurgie et accouchements en 1969 à l'UCL, Augustin Ferrant se spécialise en hématologie et en médecine nucléaire. Il complète sa formation au Hammersmith Hospital, Royal Postgraduate Medical School, de Londres et obtient le diplôme d'agrégé de l'Enseignement supérieur en 1982. On lui doit le développement des explorations isotopiques en hématologie et une large part à l’essor des traitements intensifs des hémopathies malignes, des greffes de cellules hématopoïétiques et des traitements ambulatoires des maladies du sang. Chercheur toujours au chevet des malades, il devient chef du Service d'hématologie des Cliniques universitaires Saint-Luc en 1976, et professeur ordinaire clinique à l'UCL en 2001. En plus d’accéder à l’éméritat, d’être cofondateur de la Société belge d’hématologie et de participer à la Fondation Salus sanguinis, Augustin Ferrant sera Secrétaire perpétuel de l'Académie royale de Médecine de Belgique de 2011 à 2016. Ce qui ne l’empêche nullement de nourrir aujourd’hui encore de nouveaux projets dont celui de partir tout prochainement en Afrique, au Togo, afin de poursuivre cette inclination à large spectre : le patient avant tout !

Comment une carrière longue et brillante comme la vôtre a-t-elle débuté ?


Cela s’est décidé en rhétorique mais la médecine n’était pas initialement la première option car mon père qui était médecin, comme du reste son grand-père qui était son éducateur et mentor, ne souhaitait pas que nous suivions ce cursus. Mais nous vivions dans les odeurs d’éther et l’atmosphère familiale était imprégnée par la médecine. Nous étions quelques années avant mai 68, avec cet esprit de contradiction ambiant, et comme je me sentais davantage médecin qu’autre chose, j’ai entamé la médecine. Finalement, mon père fut content.

Une fois docteur en médecine, vers quelles orientations vous tournez-vous ?

J’ai choisi de me spécialiser en médecine interne avec un concours d’entrée assez sévère que j’ai réussi. Après une bonne formation générale en médecine d’hospitalisation à Sainte-Elisabeth, j’ai été repris à Louvain où j’ai rencontré des patrons qui voulaient me garder pour une spécialisation dans les maladies du sang. Un groupe polyvalent s’est ainsi formé à partir de l’hématologie générale et j’ai poursuivi en médecine nucléaire en l’appliquant à des patients que nous connaissions.

Ne quittez-vous pas la Belgique pour Londres ?

Oui, j’ai été repris au Hammersmith Hospital pour faire à la fois de l’hématologie clinique et être détaché au laboratoire de médecine nucléaire pour de la recherche. Cela m’a bien plu avec des publications à la clé. J’aurais pu rester à Londres ! Mais, à Louvain, ils souhaitaient que je revienne bien que mon épouse et moi, avec notre fils que nous avions eu là-bas, étions bien intégrés. Nous sommes finalement rentrés et j’ai continué à faire de l’hématologie à mi-temps en médecine nucléaire et à mi-temps en hématologie clinique. Ensuite, cela s’est transformé en temps plein en hématologie clinique tout en restant consultant interne en médecine nucléaire pendant un petit temps encore.

Et de fil en aiguille, vous devenez chef du Service d’hématologie des Cliniques universitaires Saint-Luc !

Ce n’était pas mon intention à l’époque. Au départ, l’hématologie était peu considérée car c’était une spécialité où tout le monde mourait. Même si la leucémie était et est toujours un défi. Il fallait aider les jeunes patients et cela me passionnait. Nous assistions aux débuts de la chimiothérapie et les greffes de moelle prenaient de l’essor. Ces espoirs thérapeutiques me motivaient et j’ai eu des patrons visionnaires, les Prs Sokal et Michaux, et des collaborateurs remarquables. Mais il ne faut pas exagérer mes mérites car personne d’autre ne s’était présenté pour la fonction de chef de service ! Il fallait assumer et être bon à tous les points de vue : clinique, enseignement, recherche, et sur le terrain, au niveau institutionnel.

Quel regard jetez-vous sur les nouvelles technologies de l’époque et sur la recherche ?

C’est surtout la recherche clinique qui permettait de collaborer à des protocoles thérapeutiques pour établir de nouveaux standards de mises au point et de traitements. Dans un service universitaire, il fallait rester au courant de tout, en faisant progresser la recherche avec la collaboration des patients et l’accord des autres membres du service. Cela m’a toujours intéressé de discuter avec les personnes en montrant les avantages et les inconvénients des nouvelles approches.

Aujourd’hui, n’y a-t-il pas une perte de la relation humaine avec le patient, relation à laquelle vous tenez particulièrement ?

Oui, c’est vrai en partie. Actuellement, lors d’une consultation, il faut s’exercer à regarder le patient tout en regardant l’écran. Avec l’apparition de la technologie digitale, le ratio est de 70 % devant l’ordinateur et 30 % devant le patient. Il y a donc un problème relationnel potentiel. Je pense que nous faisions auparavant davantage attention aux détails dans les conversations que nous avions avec les patients. Maintenant qu’ils ont un accès à tout via internet, une autre relation s’instaure.

Justement, pourriez-vous nous introduire à votre cours-conférence du 15 mars prochain, dans le cadre du Collège Belgique, au Palais des Académies à Bruxelles, intitulé : L'internet et l'autodiagnostic ?

Oui, il faut tout d’abord savoir que le médecin sera toujours là afin d’orienter au mieux le patient parmi toutes les connaissances glanées sur internet. Toujours, les relations interpersonnelles devront être privilégiées. Mais lorsqu’on n’est pas bien, effectivement, la première chose à laquelle on pense est d’aller voir sur Google. Ce n’est pas nécessairement une mauvaise idée mais il faut nuancer la réflexion. On peut tomber sur un site qui vous indique d’aller consulter rapidement un médecin mais ce n’est pas toujours le cas avec des sites un peu fantaisistes. Internet étant ouvert et fort peu régulé, vous pouvez comme patient passer à côté de quelque chose de grave. Avec le souci aussi que des personnes hypocondriaques voient toujours tout du mauvais côté, perdent la bonne logique et finissent par fabriquer des symptômes. On dénombre quand même une personne sur cinq dans cette dernière situation, ce qui alors aggrave les choses.

Internet est positif parce que chacun est mieux informé pour discuter et faire comprendre sa situation, et une fois revenu de chez le médecin, on retourne sur internet et on va voir ce qu’il a dit. Le rôle du médecin est donc d’orienter le patient vers de bons sites, la plupart des sites sur lesquels on tombe n’étant pas les meilleurs. L’on pourrait faire un appel aux encyclopédies dites ouvertes sur lesquelles on arrive tout de suite et qui, force est de constater, ne sont pas à l’heure actuelle optimales. Rendre Wikipédia, par exemple, plus abordable. D’un autre côté, la plupart des bons sites sont largement anglo-saxons. Finalement, le médecin reste toujours meilleur qu’internet ! Même si, par exemple, le diagnostic en dermatologie, par photo, à l’aide d’un smartphone, serait aussi bon pour certaines maladies. Cette évolution est passionnante !

Cette rapidité du diagnostic ne vous fait-elle pas peur ?

Il faut insister sur le fait que la médecine n’est pas parfaite et nous devons toujours réagir de manière raisonnée devant un patient. À 80 %, le médecin réagit rapidement. Au bout de trente secondes, pratiquement, on perçoit de quoi il retourne et à partir de là on a tendance à aller très vite, surtout en médecine générale de première ligne. Cette première idée est néanmoins souvent la bonne mais il faut rester prudent. Il reste 10 à 15 % de probabilité d’erreur car on est trop rapide et, parfois, autosuffisant parce qu’on se croit toujours le meilleur ! C’est également vrai dans les autres professions. Mais la médecine reste une science de l’incertitude. Et l’hématologie est à cet égard terrible, ballottée entre des succès remarquables et des catastrophes dont il faut faire part aux patients.

Dans quel contexte avez-vous cofondé la Société belge d’hématologie ?

L’hématologie était une spécialité débutante. À l’occasion d’un congrès, j’ai rencontré Ben Van Camp qui deviendra recteur de la VUB. Nous nous sommes posé la question de savoir si nous ne pouvions pas mettre en place la Société belge d’hématologie. On a commencé avec d’autres jeunes collègues universitaires et un congrès qui a connu un grand succès. Maintenant, cette Société s’est beaucoup développée.

Quelques mots sur la Fondation d’Utilité Publique Salus sanguinis ?

Oui, c’est une Fondation indépendante, une des premières fondations charitables dans le domaine des maladies du sang, afin de favoriser la recherche et, du côté pédiatrique, l’aide sociale. Nous sommes au milieu des années septante. Nous avions des familles de patients donateurs et un conseil d’administration organisateur d’événements. Et avec l’aide aussi d’associations de parents de patients, des camps de vacances notamment pour les enfants et jeunes atteints de maladie du sang ont été organisés pour leur montrer que malgré la maladie ils étaient capables de vaincre des difficultés avec leur physique. Je peux citer : « Les camps Valentine » et « À Chacun Son Cervin ».

Que retenez-vous de votre séjour à l’Académie royale de Médecine de Belgique en tant que Secrétaire perpétuel ?

On n’est pas né pour devenir Secrétaire perpétuel ! J’avais entendu parler de l’Académie lors d’une réunion familiale où j’avais appris que mon arrière-grand-père, médecin aussi, avait eu un prix à l’Académie pour un mémoire sur les soustractions sanguines. Monsieur Ch. van Ypersele a trouvé intéressant que je participe à une séance en donnant une conférence sur les leucémies. Puis, j’ai été élu membre, et après je suis devenu membre du bureau. Finalement, c’était au tour de Louvain d’assumer la charge de Secrétaire perpétuel. Je n’étais pas enthousiaste et comme personne d’autre ne voulait se lancer dans l’aventure, j’ai accepté. Je dois avouer que j’ai rencontré à l’Académie des personnes que je n’aurais jamais pu rencontrer si je n’avais pas été là. Cela m’a ouvert bien des horizons et surtout l’esprit.

Quels sont vos projets ?

On m’a sollicité pour aller travailler en Afrique dans un hôpital, au Togo, pour une organisation non gouvernementale. J’ai accepté car les contacts avec les malades sont toujours un défi, surtout en arrivant à les aider avec les moyens que nous avons sur place. En médecine, l’adrénaline est continue car jamais deux patients ne sont les mêmes et nous n’avons jamais des résultats à 100 %, d’autant plus que nous devons, avec eux, assumer aussi des échecs.

Propos recueillis par Robert Alexander

Quelques orientations bibliographiques :

Nous invitons le lecteur à se référer au site suivant où sont accessibles de nombreuses publications, téléchargeables, du docteur Augustin Ferrant : https://www.researchgate.net/profile/Augustin_Ferrant